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Deuil

4 incontournables pour faire son deuil

Par Publié le 11 juillet 2022Mis à jour le 24 novembre 2023Mis à jour le 24 novembre 2023No Comments

Je ferai des casse-têtes
Avec les morceaux
Qui manquent à l'histoire.

Bien que chaque deuil soit unique, il demeure que les phases et les tâches à accomplir sont les mêmes d’un deuil à l’autre. Nous verrons dans cet article quelles sont les quatre tâches incontournables à réaliser afin de résoudre un deuil et d’en émerger avec une nouvelle vision de soi et de la vie.

La perte est une expérience inhérente à la vie qui est pourtant majoritairement redoutée dans notre société actuelle. En fait, c’est souvent le processus d’adaptation à la perte – le deuil, ce passage obligé suivant la finitude – qui peut être effrayant pour certains. Il est vrai qu’en période de deuil, tout se bouscule soudainement. Des émotions fortes tel que la colère, la culpabilité, la tristesse, la peur de l’avenir, etc. surgissent et fragilisent ainsi la personne endeuillée, qui se perçoit souvent comme plus vulnérable, voire démunie. S’ajoute souvent à ces émotions une quête de sens, une recherche de coupable, du désespoir, une envie de s’isoler, l’ébranlement de l’ordre établi, etc. Il s’agit d’une période de déséquilibre où les repères sont ébranlés et où de multiples questionnements tels que « Pourquoi cela m’arrive ? », « Que vais-je faire sans l’être cher ? », « Pourquoi si jeune ? » nécessitent des réponses souvent difficiles à trouver pour faire du sens en début de parcours.

Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, le deuil est sans contredit une occasion de croissance inégalée. Autant cette période peut être douloureuse, autant elle peut se résoudre par des changements psychologiques positifs et laisser émerger de nouvelles ressources pour la personne endeuillée, ainsi qu’une nouvelle vision de soi et de la vie.

Le deuil est un processus de détachement et d’acceptation. Le décès d’un être cher amène nécessairement une transformation dans la manière d’être en lien avec lui. N’étant plus présent, il n’est plus possible de le voir, de lui parler réellement, de le toucher, de le prendre dans nos bras, de le voir sourire. Pourtant, l’amour perdure. Le deuil consiste notamment à trouver une nouvelle manière d’honorer l’amour que l’on porte pour le défunt, malgré son absence physique. Il s’agit donc de faire vivre la personne au plan psychique. Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain, le processus de deuil nécessite du temps et de la patience pour celui qui le vit, de même que pour ceux qui l’entourent.

LES 4 INCONTOURNABLES DANS LE DEUIL

Bien que chaque deuil soit unique, il demeure que les phases et les tâches à accomplir sont les mêmes d’un deuil à l’autre :

1. INTÉGRER LA RÉALITÉ DU DÉCÈS

Il s’agit d’intégrer, totalement et définitivement, la réalité de la disparition de la personne aimée. Ce n’est que progressivement que vous prendrez pleinement conscience du caractère définitif de l’absence de l’être cher. La compréhension intellectuelle de la perte pourra s’intégrer également au plan émotif, petit-à-petit. Si vous avez parfois l’impression que la personne décédée va revenir, va vous téléphoner ou que vous le croiserez à telle fête, comme à l’habitude, c’est probablement que votre cerveau travaille encore afin d’intégrer la réalité de la perte. Faites preuve de patience, le deuil est un travail qui nécessite du temps !

2. VIVRE TOUTES LES ÉMOTIONS

Des émotions puissantes, déconcertantes et chaotiques peuvent survenir en vous au cours d’un deuil. Il est fondamental de pouvoir exprimer toutes ces émotions : la tristesse, la colère, la culpabilité, la peur, le découragement, la révolte, pour ne nommer que celles-ci. Il est très important de ne pas refouler ces émotions, malgré la pression sociale parfois ressentie de « passer à autre chose » ou « d’aller mieux » et les tendances sociales actuelles à éviter ce qui fait mal ou ce qui est inconfortable. Toutes les émotions sont normales et si elles sont refoulées ou bloquées, elles peuvent se transformer en état d’épuisement ou même en dépression. En bref, on peut dire que la fuite ou l’évitement des émotions retardent généralement la résolution du deuil. Ainsi, je vous invite à plonger au cœur de vos émotions pour les ressentir, les reconnaître et les exprimer (parole, écriture, sport, arts, rituels, etc.). L’expression des émotions nécessite parfois d’aller chercher de l’aide pour bénéficier d’un espace d’accueil émotionnel qui permet le sentiment de sécurité utile au travail sur les émotions pour la personne endeuillée. 

Il est fréquent que l’intensité émotionnelle connaisse une recrudescence quelques temps après la perte, étant donné un mécanisme qui s’installe habituellement pendant les premiers jours suivants le décès. En effet, dans les jours suivant la perte, un mécanisme de protection psychique favorise le sentiment d’être sur le pilote automatique pour la personne endeuillée, comme anesthésiée afin de rester fonctionnelle en début de deuil. Ainsi, quelques temps après le décès, il peut y avoir une impression de « dégeler » incluant des émotions vives et douloureuses. Sachez que le travail d’intégration de la perte (adaptation) et d’expression émotionnelle permettra généralement à l’intensité émotionnelle de diminuer peu à peu, jusqu’à la résolution du deuil. Il est important de se rappeler que les premières fois sont souvent difficiles (premier Noël, premier anniversaire, premier été ou premières vacances sans l’être aimé, etc.) et il peut y avoir une recrudescence des émotions douloureuses à ces périodes particulièrement sensibles.

3. PRÉSERVER LA MÉMOIRE DE LA PERSONNE DÉFUNTE

Il s’agit ici de restaurer un lien intérieur avec la personne disparue en mobilisant tous les moyens susceptibles de lutter contre l’oubli et de préserver la mémoire de la personne disparue. Ainsi, il faudra se détacher de la présence physique de la personne décédée tout en permettant aux souvenirs et aux sentiments de vivre en vous. Par exemple, il peut s’agir d’honorer les promesses, de créer des rites funéraires, de se remémorer de bons moments, regarder des photos, rendre visite au cimetière, etc. Suite au décès (dans les premières semaines ou mois), vous aurez sans doute besoin de vous sentir en contact avec l’être cher ; les objets lui appartenant peuvent revêtir une grande importance. Il s’agit d’un mécanisme d’adaptation à la perte, au sentiment de vide et cela perdra habituellement de son intensité les mois qui suivent. L’attachement aux objets laissera doucement place à un attachement intériorisé, une sensation profonde que la personne décédée demeure bien vivante en vous et certains objets plus symboliques garderont une place spéciale dans votre vie, en mémoire de l’être aimé.

4. RÉINVESTIR LA VIE

Le deuil soulève beaucoup de questionnements existentiels : la vie, la mort, les relations, les idéaux, les grands objectifs de vie, les illusions, les croyances spirituelles, etc. Suite à une perte vous verrez probablement le monde autrement. La mort bouleverse. Elle bouscule les convictions, remet en question les valeurs et suggère ou impose des changements profonds. À cette étape-ci, il y a un désir de reprendre la vie, de se réinvestir, tout en gardant en mémoire et dans le cœur la personne décédée. Vous avez possiblement l’impression d’avoir développé une nouvelle identité, de ne plus être le/la même, et vous avez sans doute raison. Il s’agit bien de vous, profondément transformé.e par l’expérience du deuil. Cette étape est la dernière du processus du deuil et on n’y arrive qu’une fois les autres étapes traversées.

 

Comme pour l’ensemble des transformations et des processus intérieurs, chaque personne suit son propre rythme, certaines personnes progressent rapidement à travers les phases du deuil, alors que d’autres personnes ont besoin de davantage de temps pour y arriver. Cela dépend de plusieurs facteurs, notamment les traits de personnalité, la manière dont la personne est décédée, la culture, le réseau de soutien, les croyances et surtout le lien entre vous et la personne décédée (ce qu’elle représentait pour vous). Bien que le deuil soit un processus naturel, il peut être utile et pertinent d’être accompagné.e par un.e professionnel.le, afin de traverser les différentes phases. Cet accompagnement peut permettre de se poser des questions clés pour avancer, d’exprimer ses émotions adéquatement et d’être outillé.e sur le chemin parfois douloureux et difficile que peut être le travail de deuil. Car, c’est véritablement un travail, dont les principales tâches sont d’accepter la mort, de réinvestir la vie sans la personne décédée et garder bien vivant l’héritage que cette relation a laissé en vous.

En résumé

Le deuil est un processus naturel d’adaptation et de détachement qui nécessite de faire face à ces 4 incontournables :

  1. Intégrer la réalité de la perte;
  2. Vivre toutes les émotions;
  3. Préserver la mémoire de la personne défunte;
  4. Réinvestir la vie.

Un deuil est un processus parfois douloureux duquel il est possible de renaître transformé.e, avec des ressources nouvelles et une conception modifiée de la mort, mais surtout, de la vie !

Je vous souhaite douceur, patience et soutien si vous vivez une période difficile.

 

Pour aller plus loin :

Karine Gauthier offre, via REPER, une formation pour soutenir les gens qui traversent un deuil. Tout au long du parcours Deuil : Pour mieux vivre avec la perte, des réflexions et des stratégies concrètes sont suggérées, afin de vous permettre d’acquérir une meilleure compréhension de ce processus naturel d’adaptation qu’est le deuil et de soutenir votre cheminement.

Pour en savoir plus sur l’autrice de cet article :

Karine Gauthier

Bibliographie

Worden, J. W. (2018). Grief Counseling and Grief Therapy : A Handbook for the Mental Health Practitioner (5e éd.). New York : Springer Publishing.

Le contenu de cet article est à visée éducative. Il n’est pas exhaustif et ne remplace pas une consultation individualisée avec un professionnel de la santé mentale.

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